Modern Witch

Dis moi, c’est quoi une “Modern Witch” ? C’est quoi, une sorcière, en 2019 ? Pourquoi on parle partout de sorcières ? Il se passe quoi avec la sorcellerie ? 

[Merci à Loïck Le Meur – www.lqqz.fr pour les photos]

Une pléthore de questions m’ayant donné envie d’en parler, me voilà. Mais quand en parler, comment et pourquoi. Cet article, je l’ai écrit, effacé, re-écrit, détesté, effacé à nouveau. Comment mettre des mots sur des choses qui nous semblent évidentes, qui sont profondément ancrées en nous et auxquelles on tient absolument ? Exercice d’autant plus difficile lorsque cela emprunte les chemins de la mode, d’une tendance souvent décriée. Ecrire avec la peur d’être accusée de je ne sais quoi, de chercher à enrôler, arnaquer… alors que la démarche est saine parce qu’elle est avant tout personnelle. Je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit et je ne souhaite pas mettre cela à profit financièrement parlant.

Le sujet est si vaste qu’il ne peut faire l’objet que d’un article. Je lance d’ailleurs, avec cette ébauche qui s’annonce faute de mieux très généraliste, une série de focus sur des aspect de ce que l’on pourra appeler sorcellerie, avec la volonté de rester dans une approche très  lifestylisée. La pratique et la technique étant mieux traitées ailleurs. Ça, c’est à venir. Par exemple, une bibliographie de tout ce que j’ai lu et aimé sur le sujet, une playliste Witchy, un article dédié aux plantes… il y a tant à faire et tant de choses qui m’inspirent pour vous faire découvrir cet univers.

Revenons à nos moutons noirs. 

Pour pouvoir vous parler de ce que sont les sorcières aujourd’hui, il faut obligatoirement vous parler de ce qu’elles ont été. D’un côté, les assumées, guérisseuses, femmes de sciences, intuitives, femmes connectées à la nature et à ses aspects les plus lumineux comme les plus sombres. De l’autre côté et parfois mêmes associées, les femmes libres, les guerrières, les indépendantes, les bavardes, les impertinentes, les libres. Dans une société aux règles et bienséances redoutables, elles n’avaient pas leur place. Parole d’hommes : le démon était en elles. C’est dit, c’est dit. Que voulez-vous, il fut un temps pas si lointain ou une femme forte était embarrassante, pas commode, dangereuse, plus pratique noyée, sur un bûcher ou au bout d’une corde. Là dessus, clairement, les temps ont changé… et les sorcières aussi.

Dans nos sociétés occidentales, du moins, les femmes ont gagné leur liberté, le respect de leur libre arbitre, le droit d’exercer leurs talents, de disposer de leurs corps comme elles l’entendent. 

Mais ne sont-elles pas encore considérées comme étranges, celles qui privilégient une carrière face à un mariage, celles qui ne souhaitent pas donner la vie, celles qui vivent seules avec leurs chats, celles qui croient en tout ce qu’on ne voit pas ? Je ne vais pas rentrer dans une étude sociétale. Ce n’est pas le sujet qui m’importe cette fois-ci, pas le message que je veux faire passer. Et j’aurais trop peur, par maladresse, d’opposer les femmes qui sortent du moule à celles qui y entrent par envie et plaisir. Celles-ci aussi, sont sorcières lorsqu’elles le souhaitent. La maternité, je crois, doit être une chose magique qui naît d’une vocation et d’une envie viscérale, pas une “chose à faire parce que la société me le dit et parce que j’ai l’âge pour”, pas une chose obligatoire ni inévitable. Mais je m’égare, encore…

La sorcellerie est une affaire de femmes, en effet. 

J’en suis convaincue, je le sens et je le sais : être femme c’est déjà à part entière posséder un pouvoir immense. Nous créons la vie si nous le souhaitons, nous sommes capables de nous transcender au delà de l’entendement, de construire à partir de la rage, d’aimer plus fort que l’imaginable, d’éprouver des intuitions aussi puissantes qu’elles sont inexplicables.

Je ne doute pas que certains hommes soient un peu sorciers. Ils ont juste oublié d’être légion. Nous le sommes.

Plus que de pouvoirs, nous regorgeons de talents. Elles sont en fait nombreuses les sorcières qui s’ignorent. Et quand bien même elles choisissent de ne jamais s’affirmer comme telles, elle sont. 

Mais comment et pourquoi passe-t’on de femme à sorcière, dis ?

Je le pense, il n’y a pas de règles, pas d’obligations. Être sorcière ce n’est pas dépenser son argent dans des accessoires, des pierres, des tarots et des idoles. Vous le pouvez, bien sûr, si cela vous accompagne positivement, vous procure du plaisir, mais ce n’est pas la base et ce n’est en rien un pré-requis. Avant toute chose, nous avons besoin de ressentir, de nous connecter avec ce qu’il y a de plus essentiel : la nature, celle qui nous entoure mais aussi la nôtre, propre à chacune.

Je  suis d’ailleurs plutôt convaincue qu’il  est nécessaire de mener ses propres lectures, de se faire son propre avis, ses propres rituels, expériences, avant de suivre les conseils de qui que ce soit ou de rejoindre je ne sais quel groupe, coven ou autre. 

Savez-vous vraiment qui vous êtes ? Avez-vous pris le temps de vous écouter dernièrement ? 

Il est urgent de se reconnecter à la nature, à notre nature et au vivant. Et c’est cette urgence, aujourd’hui criante,  qui fait naître une nouvelle génération de sorcières.

Rejet du patriarcat, rejet du modèle familial classique, volonté de protéger la nature, de la comprendre, de la ressentir, volonté de réappropriation de nos corps de par ce qu’ils renvoient mais aussi de par notre manière de le ressentir et de le soigner. Certains me diront “ouais, c’est des féministes quoi”. Oui. Et non. Être sorcière, c’est pour soi, sans forcément de volonté d’évolution sociétale. C’est à la fois se renfermer face au monde moderne et s’ouvrir sur le passé, le présent sacré et  l’imperceptible précieux qui nous entoure. 

La sorcière, dans l’imaginaire, est une femme dangereuse, enchanteresse, qui peut s’avérer aussi repoussante que séduisante, choisissant de plaire ou ne pas plaire, puissante, indépendante, redoutable, obstinée. La sorcière, dans l’imaginaire, ne s’embarasse pas d’hommes, éprouve de la haine pour eux et les utilise au pire, au mieux leur témoigne de l’intérêt et fait équipe avec eux dans un but commun. Par choix. Par véritable choix. Parce qu’elle a pensé à ses souhaits ou à la défense de ses causes propres avant tout. Passée l’image des contes de fée et la vision manichéenne de la chose qui nous pousse à ne voir cette figure féminine oeuvrer que pour le mal, est-ce que cette dernière ne deviendrait pas tout à coup enviable ? Est-ce qu’en 2019, on ne se rêverait pas à la place de Maléfique, plutôt que de la Belle au Bois Dormant ? Est-ce qu’on ne choisirait pas d’éprouver de l’admiration pour une Marie Curie plutôt que pour une Lady Di. Et encore, là j’aime à moitié ce que j’écris. Car la sororité, la bienveillances entre femmes différentes, aux intérêts et ambitions différentes, me semble essentielles et ancrées dans ma perception de la sorcellerie. 

Il n’y a pas de bonne manière d’être sorcière. J’en connais beaucoup des comme moi. Je ne saurais prendre le risque d’en réunir 10 au hasard dans la même pièce pour parler sorcellerie. Leurs visions sont différentes, leurs croyances, pratiques et allégeances aussi. Certaines affirment être dotées d’aptitudes particulières, d’autres non. 

Cela se traduit très différemment d’une femme à l’autre. Pour ma part, cela se traduit dans mon rapport à l’animal, au végétal et au minéral. Mais là encore, je ne crois pas qu’il faille obéir à des règles. Je possède des livres, bien sûr, pour affûter mes connaissances en lithothérapie, en herboristerie, pour comprendre les différentes phases de lune… mais je fais avant tout confiance à mon instinct, à mes émotions et à l’attirance pratiquement physique que je vais avoir pour certains ingrédients par exemple au moment ou je fais mes préparations pour des tisanes ou fumigations. J’y reviendrai dans un autre article, à ce rapport aux plantes, aux pierres. 

Je préfère aujourd’hui, plutôt que de me concentrer sur mes pratiques ou d’autres, me concentrer sur la puissance du symbole et sur ce que cela implique d’être sorcière, de se vouloir sorcière, de se découvrir (pourquoi pas) sorcière. Je le sais, certaines sont très attirées, voudrait “s’y mettre”. Je reçois des messages à ce propos et j’encourage toujours ces personnes à aller vers ce qui leur fait du bien, à n’obéir à aucune règle qui ira à l’encontre du respect qu’elles ont pour elles-mêmes, à expérimenter et à ressentir, mais jamais à se ruiner, jamais à obéir bêtement à je ne sais qui, je ne sais quoi. Je les encourage aussi à lire la vie de celles qui ont vécu quand être sorcière était dangereux, militant, infondé. Cela fait naître une réflexion, une colère, une volonté de plus jamais qui puise sa puissance dans les tripes directement. C’est ce qu’il faut. On est / On naît sorcières dans les tripes. 

“Oui mais moi je suis légitime. Oui mais moi ma grand mère était médium. Oui mais moi j’ai une arrière grand mère empoisonneuse. JE suis légitime.” J’en lis des choses commes celles-là. Sutpidiés & malveillance. Nous naissons tous de la terre. Nous recevons tous la possibilité d’apprécier ses bienfaits, certes avec des talents et aptitudes en plus ou en moins. Naître dans une famille prédisposée, à l’histoire occulte, ésotérique étoffée, ne fait pas d’une personne une sorcière. Ça je l’ai vu et ressenti chez d’autres. L’instinct fait tout. L’érudisme fait une partie. La colère, la volonté de se protéger et de protéger fait le reste. 

Comme le scandait le groupe W.I.T.C.H, “Nous sommes les descendantes des sorcières que vous n’avez pas pu brûler”. Et comme  on brûlait à peu près n’importe qui pour n’importe quoi il fût un temps, vous êtes presque forcément descendante de “sorcière”, que sa faute ait résidé dans ses pratiques magiques, dans ses moeurs de femme libre ou qu’elle ait simplement été victime collatérale de l’un des plus grands génocides de femmes de l’Histoire de France. 

Alors, oui, aujourd’hui, il y a une “mode” certaine liée à cela. J’y vois l’opportunité d’en parler plus librement, pour ma part, quand bien même certains lèveront les yeux au ciel. Ils n’y trouveront que la lune et les étoiles pour plus ample réflexion.

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